Dernier texte de Ödön von Horvath, qu'une mort absurde devait faucher à Paris en 1938, Un fils de notre temps relate, à la première personne, et dans un style d'apparence très simple, la carrière d'un jeune chômeur qui décide de s'engager dans l'armée pour échapper à la misère et établir, sous la domination de son pays, un monde qu'il pense plus juste. La vision fugitive d'une jeune femme au guichet d'un château hanté infléchit alors le cours de son destin. Blessé lors de l'invasion d'un état voisin, il se voit écarté de la carrière militaire et replonge dans les angoisses de sa vie antérieure. Désireux de retrouver cette jeune fille, il va comprendre avec horreur combien sa vision du monde était bâtie sur l'injustice et la cruauté. Horvath, conscient des dangers du nazisme et contraint lui-même à l'exil, dresse un tableau sans appel d'une idéologie fondée sur le mépris, dont le système de pensée anihile toute individualité pour mieux la diluer dans la masse. Le sursaut du héros l'entraîne dans le crime et la mort, preuve qu'on n'échappe pas à son époque.
(Un fils de notre temps de Ödön von Horvath; Ein Kind unserer Zeit, 1938; traduit de l'allemand par Rémy Lambrechts et préfacé par Heinz Schwarzinger, éd. Christian Bourgois, 1988; rééd. Gallimard L'Imaginaire 534, 2006)