Créée par Jorge Luis Borges chez l'éditeur Franco Maria Ricci, la collection "La Bibliothèque de Babel" a accueilli pendant de nombreuses années les plus grands textes fantastiques. Heureuse initiative qui avait donné lieu à quelques traductions en français mais les beaux ouvrages de l'éditeur italien étaient depuis longtemps devenus indisponibles. C'est donc une excellente idée que celle des éditions Panama, à l'occasion du vingtième anniversaire de la mort de Borges, que celle de relancer cette collection.
Le Cardinal Napellus de Gustav Meyrink fait partie de la première livraison. Ce recueil contient trois nouvelles de l'auteur du Golem. "Le Cardinal Napellus", qui donne son titre au recueil, nous plonge dans le passé de Hieronymus Radspieller, autrefois membre de la secte religieuse des Frères bleus, qui ont pour habitude de nourrir du sang versé lors de leurs mortifications une plante, l'aconitum napellus, sorte de double monstrueux de leur personne. Ayant quitté la secte tardivement, et devenu scientifique, Radspieller passe son temps à sonder un lac voisin de son château. Il croit avoir enfin touché le fond de celui-ci et s'enorgueillit d'avoir terrassé toutes les formes de croyance et de superstition quand son oeil surprend un aconit bleu trouvé par un de ses invités. Les paroles terrifiantes de l'ancien cardinal Napellus, fondateur de la secte, résonnent alors à nouveau. "Les Sangsues du temps" sont les doubles fantomatiques des êtres humains, qui se repaissent de leurs espoirs et de leurs attentes, accélérant de ce fait la mort des originaux. C'est ce que le narrateur apprend de la bouche de Johann Hermann Obereit, ami de feu son grand-père, tous deux adeptes de la "Société des Frères Philadelphes", qui enseigne à ses membres la mort de toute espérance vaine pour atteindre immédiatement à la véritable existence, ce que proclame la devise VIVO inscrite sur leur tombe. "Les quatre frères de la lune. Un document" termine ce recueil par la surprenante vie d'un certain Meyrink, ancien valet de chambre du comte de Chazal puis de Peter Wirtzigh. Ces deux hommes ont disparu dans d'étranges circonstances et semblent former, avec les docteurs Chrysophron Zagraeus et Sacroboso Haselmayer, un seul individu, à savoir ce Meyrink que sa gouvernante, la vieille Petronella, appelle Wirtzigh et tente de convaincre qu'il s'est imaginé être son propre valet de chambre suite à une chute. Mais qui dit vrai?
(Le Cardinal Napellus de Gustav Meyrink; Der Kardinal Napellus, J. H. Obereit Besuch bei den Zeitengeln, Die vier Mondbruder, 1913; traduit de l'allemand par Marcel Schneider, éd. FMR, 1977, rééd. FMR/Panama, 2006)