Le recueil Un mariage à Lyon contient sept nouvelles, publiées entre 1901 et 1929, et qui tournent presque toutes autour de la notion de destin, contrarié ou subi. Ainsi, la nouvelle assez longue ouvrant le livre, "Histoire d'une déchéance", relate la réaction de la marquise de Prie après son exil de la Cour, imposé par Louis XV. Femme la plus puissante de France, elle se voit contrainte de loger dans son château de Courbe-Epine, où l'ennui la taraude et la pousse dans ses ultimes retranchements, pour mieux moquer son orgueil démesuré. "Un mariage à Lyon" place, dans le contexte des représailles républicaines de 1793 contre la ville royaliste, un surprenant mariage contracté par deux amants qui se retrouvent par hasard en prison et marchent ensemble à la mort devant le peloton d'exécution. "Dans la neige" suit le parcours d'une communauté juive d'un ghetto fuyant devant les hordes des "Flagellants" et disparaissant définitivement dans la neige. "La Légende de la troisième colombe" est une variation imaginaire sur le destin de la dernière colombe envoyée par Noé afin de connaître l'état du monde et jamais revenue à l'arche. "La Croix" ironise sur les mésaventures d'un officier français isolé en Espagne et abattu par ses compatriotes alors qu'il s'était déguisé pour survivre. "Au bord du lac Léman" met en scène un Russe tsariste envoyé sur le front français pendant la guerre et qui croit traverser le lac Baïkal. Pris au piège de la guerre et de l'attente, il préfère la mort par noyade à l'existence dans un monde qu'il ne comprend pas. "La Contrainte" montre un artiste peintre réfugié en Suisse et convoqué par son pays en guerre pour une visite médicale. Incapable de résister à la machinerie bureaucratique, il brave son épouse en furie mais réalise enfin la folie de son geste en atteignant la frontière. Un pas le sépare encore de la barbarie humaine et il rebrousse chemin.

L'écriture subtile et la pensée profonde de Zweig sont en parfaite adéquation.

(Un mariage à Lyon de Stefan Zweig; Die Hochzeit von Lyon, 1927; traduit de l'allemand par Hélène Denis, Pierre Belfond, 1992; rééd. Le Livre de poche 13893, 1996)