Deuxième titre réédité de la collection La Bibliothèque de Babel, autrefois dirigée par Jorge Luis Borges chez FMR, L'Ami de la mort propose deux nouvelles de l'auteur espagnol Pedro Antonio de Alarcon (Guadix, 1833 - Madrid, 1891), passé d'un anticléricalisme virulent à un catholicisme intransigeant, et tirées du recueil Narraciones inverosimiles (Histoires invraisemblables, 1882).
"L'Ami de la mort (Conte fantastique)": fils naturel du comte de Rionuevo et de Cristina Lopez, morte à sa naissance, le jeune Gil Gil perd rapidement son père adoptif, le savetier Juan Gil, et connaît grâce au comte une vie de luxe et d'aisance, qui le met en contact avec la fille du duc de Monteclaro, Elena, dont il tombe éperdument amoureux. Mais à la mort de son protecteur et père naturel, Gil est chassé par la comtesse et se voit contraint de reprendre l'ouvrage de Juan Gil. Forcé de vendre son bien à cause d'un accès de maladie, il est poussé au désespoir et envisage d'avaler un flacon de vitriol quand surgit une étrange personne, ni homme ni femme, qui le traite en ami et se présente comme la mort. Elle lui offre alors ses services, lui permettant de deviner la mort du roi Louis Ier et de faciliter ainsi l'accession au trône de Philippe V. Comblé d'honneurs, riche, enfin reconnu comme le fils de Rionuevo, Gil goûte à la félicité amoureuse dans les bras d'Elena. Mais la mort se rappelle à lui et l'entraîne avec elle dans un tour du monde qui les mène jusqu'à son domicile, au pôle Nord, où toute la vérité éclate aux oreilles subjuguées de Gil et du lecteur.
"La Grande Femme (conte d'épouvante)" relate les apparitions successives d'une femme de haute taille, osseuse, à la bouche édentée, dans la vie de l'ingénieur des Travaux publics Telesforo. La première fois, elle surgit au moment de la mort de son père. Elle revient trois ans plus tard quand meurt la future épouse de Telesforo. Et quand lui-même vient à décéder d'une jaunisse, l'ami à qui il avait tout raconté a la surprise de croiser au cimetière cette femme effrayante et qui le menace de son éventail, comme si elle envisageait de poursuivre sur lui la malédiction commencée sur Telesforo.

(L'Ami de la mort de Pedro Antonio de Alarcon - El Amigo de la Muerte et La Mujer alta in Narraciones inverosimiles, 1882 - traduit de l'espagnol par Isabelle Clémençot, éd. FMR, 1981; rééd. FMR/Panama, La Bibliothèque de Babel, 2006)