Douloureux roman que ce texte de Stig Dagerman (1923-1954), publié pour la première fois en 1948, et qui met en scène un étrange quadrille, autour d'une flamme de bougie symbolisant l'Absente. S'ouvrant sur l'enterrement d'Alma, dont la mort laisse derrière elle un mari peu aimant, Knut, et un fils idolâtre, Bengt, le récit de Dagerman va peu à peu briser tous les rêves de l'enfant ayant dressé un véritable culte à sa mère. Après avoir découvert que son père entretient une liaison avec une ouvreuse de cinéma, Gun, et déploré l'incompatibilité affective avec sa propre fiancée, Bérit, le jeune homme voit grandir sa haine contre ceux qui semblent oublier Alma, que son souvenir magnifie et idéalise. Pourtant, tandis que Bengt perd tout intérêt à ses études et erre dans la ville, y croisant parfois son père en train de promener un chien, le trouble érotique s'immisce dans son existence. Le corps de Gun sublime la jalousie morbide du fils et apporte une forme d'apaisement. Mais la découverte qu'Alma eut elle aussi un amant achève de briser le rêve de pureté de Bengt: retournant sa colère contre le chien et réagissant violemment à l'annonce du mariage entre Gun et Knut, l'enfant brûlé à la flamme de la vie constate l'impossibilité du bonheur et décide d'en finir en se tranchant les veines. Sauvé de justesse, il reprend sagement sa place parmi ce monde de petits chiens, où la mesquinerie règne en maître, et où le seul espoir permis est de dépasser les autres en taille afin d'échapper au mensonge et à la tricherie généralisés. Jugement sans appel sur la nature humaine et les soubassements de l'amour, L'Enfant brûlé dresse une nouvelle fois le constat de l'amère solitude humaine, leitmotiv de l'oeuvre de Dagerman.
L'Enfant brûlé (Brant Barn, 1948) de Stig DAGERMAN, traduit du suédois par Elisabeth Backlund, éd. Gallimard, 1956, coll. L'Imaginaire 77, 1981