Ce recueil rassemble des nouvelles publiées entre 1895 et 1918, c'est-à-dire des débuts littéraires de Jack London (né en 1876), jusqu'à sa mort prématurée en 1916. Leur tonalité commune est d'appartenir au genre fantastique, plus précisément à celui de la science-fiction, un seul texte reposant sur des phénomènes surnaturels.

"La Peste écarlate" (1912) est le texte le plus long. En 2073, le monde est revenu à l'état de nature sauvage, suite à un étrange fléau qui a ravagé la terre, provoquant une mort presque immédiate. Cette peste écarlate, ainsi nommée car elle provoquait une coloration rouge de la peau, a totalement bouleversé l'ordre naturel et a quasiment rayé l'homme de la surface du globe. Seuls quelques individus, mystérieusement épargnés, ont survécu à la pandémie et ont réussi à recréer une forme de société, sans passé et sans culture. Un vieillard, interrogé par ses petits-enfants, tente de faire comprendre l'ancien monde à des êtres incapables de se figurer celui-ci. Représentant d'une forme d'intellectualité désormais incongrue, ayant sombré lui-même dans une demi-sénilité, l'ex-professeur James Howard Smith évoque un monde englouti, sa miraculeuse survie, l'effroi de la solitude jusqu'à sa rencontre avec la tribu des Chauffeurs, la difficile soumission à des êtres dépourvus de toute intelligence et régnant désormais en brutes... Mais un espoir subsiste: dans une grotte, Smith a entreposé des ouvrages, vestiges de la civilisation autrefois triomphante, et la clé de l'alphabet, afin qu'un jour, un homme relève de ses cendres la puissance de l'esprit humain.

"Le Dieu rouge" (1918) explore les croyances d'une tribu reculée en un dieu venu de l'espace, une sorte de sphère rouge ayant la particularité d'émettre de mystérieux sons dès qu'on la touche. Un Blanc, échoué là par hasard et retenu prisonnier, tente d'approcher la divinité afin d'en comprendre la substance mais la révélation ne peut se faire qu'au prix de la vie.

"Qui croit encore aux fantômes?" (1895) raille le scepticisme de deux incurables rationalistes, qui vont être confrontés, lors d'une veille dans une maison hantée, à un cas de possession de leurs corps par deux fantômes, revenus disputer une partie d'échecs autour de laquelle se joua leur destin.

"Mille morts" (1899) retrace le parcours mouvementé d'un fils de bonne famille qui, parti sur les mers en tant que marin, est récupéré par un navire commandé par son propre père. Celui-ci, lancé dans des expériences hors normes, va utiliser son fils comme cobaye, lui faisant subir plusieurs morts suivies de résurrections, afin d'explorer des territoires inconnus de la biologie moderne. Mais quand le père envisage de se lancer dans la vivisection, le fils ne peut qu'émettre quelques réserves, quitte à employer la manière forte pour échapper à son destin de phénix...

"La seconde jeunesse du major Rathbone" (1899) est un amusant récit sur les répercussions insoupçonnées d'une tentative expérimentale de redonner à un vieillard décati la vigueur de sa jeunesse. Non seulement le corps et l'esprit connaissent une nouvelle vie, cherchant à diffuser cette ardeur dans la communauté sociale, mais encore faut-il tenir compte que le caractère, transformé par l'âge, a lui aussi retrouvé les moyens de s'exprimer. Mais quand le major décide de reprendre du service et d'étendre au monde ses visées réactionnaires, il est plus que temps de réagir et de faire dériver sur un autre "sujet" l'énergie du vieillard. Fort heureusement, la tante Debby, son ancien amour de jeunesse, est encore de ce monde...

La Peste écarlate et autres nouvelles (The Scarlet Plague, 1915) de Jack LONDON, traduit de l'anglais, Etats-Unis, par Louis et François Postif et Frédéric Klein, éd. Phébus, coll. Libretto, 2006