En 1934 paraît, sous le pseudonyme d'Isak DINESEN, Seven Gothic Tales (Sept contes gothiques), qui marque l'entrée en littérature de l'écrivain danois Karen BLIXEN. Les éditions Stock traduisent l'ouvrage en 1980. Cette édition de poche de la seule nouvelle "La Soirée d'Elseneur" date de 2004, aux éditions du Livre de poche.

Inscrite dans le décor réaliste du début du XIXe siècle, la nouvelle se déroule à Elseneur, où s'élève la vieille demeure familiale des De Coninck. Maintenant désertée par la famille, la maison est tenue par une vieille femme, la dame Baek, anciennement gouvernante des trois enfants De Coninck. Autrefois, les deux soeurs Fanny et Eliza, ainsi que leur frère Morten, étaient les invités indispensables de toute soirée. Leur charme, leur esprit, faisaient les délices de la conversation et ils attiraient à eux tous les regards. Devenu le héros de plusieurs faits d'armes contre les bateaux anglais, qui avaient puni la participation du Danemark aux actions napoléoniennes en lui enlevant sa flotte, Morten était fiancé à la belle Adrienne Rosenstand, mais le jour du mariage, il disparut et ne donna plus jamais signe de vie. Son portrait fut ôté du mur et Mme De Coninck mourut de chagrin peu après. Fanny et Eliza demeurèrent célibataires et se retirèrent à Copenhague.

En 1841, alors que l'hiver bat son plein et que le Sund, complètement gelé, permet de se rendre à pied en Suède, distante de seulement cinq kilomètres, Dame Baek se rend à Copenhague, pour annoncer aux demoiselles De Coninck, que leur frère est revenu et hante la maison d'Elseneur. Impatientes de retrouver ce spectre, Fanny et Eliza se précipitent à Elseneur et la rencontre a lieu, dans une pièce d'angle qui leur servait autrefois de salle de réunions secrètes. Là, leur frère mort évoque avec elles les aléas de son existence, ses divers mariages, ses actes de piraterie, à bord de La Belle Eliza, jusqu'à sa pendaison à La Havane. Les heures s'égrènent lentement et l'amertume grandit en Fanny, qui prie son frère de la laisser le rejoindre. Mais tout s'y oppose. Le silence retombe sur la maison, au milieu des craquements de la glace qui emprisonnait le Sund, et le regard de Fanny observe Eliza se lisser les cheveux, comme elle tirerait sur une corde, en songeant à La Belle Eliza, le seul amour de Morten.

La Soirée d'Elseneur (1934) de Karen BLIXEN, traduit par France Gleizal et Colette-Marie Huet, éd. Stock, 1980; rééd. Le Livre de poche, coll. Libretti 20005, 2004