"Odeur de sainteté: LOC. Odeur suave qu'exhalerait le corps de certains saints après leur mort. FIG. État de perfection spirituelle."

Si l'on se fie à cette définition du Petit Robert, la très légère modification de l'expression dans le titre de ce premier ouvrage de fiction de Maximilien Durand, Parfum de sainteté, prend un relief tout particulier. Là où le mot "odeur" évoque une dimension charnelle, corporelle, très forte, rappelant le caractère éminemment physique de l'émanation sanctifiant l'être mort, le terme "parfum" a des subtilités, une forme d'hypocrisie même, d'artificialité en tout cas, qui laisse présager que la fragrance relèvera plus du remugle. Et la lecture confirme cette impression.

Au cours des huit nouvelles constituant le recueil, Maximilien Durand se plaît à exposer, derrière la grandeur des dévotions et sacrifices de certains individus qui, à travers les âges, ont pu impressionner leurs semblables par leur spiritualité ou leur foi, les motivations les plus triviales et les plus sordides. Ce que le procédé pourrait avoir de systématique est battu en brèche par une écriture qui, totalement maîtrisée, réussit le tour de force de ne jamais se ressembler et de faire jaillir de l'écrin des mots tout le contexte d'une époque et d'une mentalité.

Ainsi découvre-t-on le masochisme qui détermina les prouesses hagiographiques d'un Jules ayant vécu sous l'empereur Dioclétien et ayant consacré l'art de sa plume à diffuser les miracles accompagnant le martyr des premiers chrétiens. Chez Lydwine, clouée dans son lit de Schiedam suite à une mauvaise chute en patin, et dont le corps ulcéré n'est plus qu'un amas de chairs puantes, c'est l'orgueil qui prédomine: ne supportant pas qu'on se détourne d'elle, elle s'invente des visitations mariales qui ramènent vers elle une populace ébahie par ce cadavre vivant. Elisabeth Verchière, quant à elle, entre dans les ordres sous le nom de soeur Madeleine. Elle traverse l'orage de la Révolution française, qui balaiera son Ordre, sans jamais rien comprendre à ce qui l'entoure: son idiotie fait d'elle, au sens propre, un agneau de dieu. La coquette Clarice Marescotti, enfermée au couvent par une famille désespérée par ses frasques, pousse la mortification à son extrême limite, soulevant l'enthousiasme des habitants de Viterbe, où elle finit par révéler à son confesseur que seuls le jeu des apparences et la soif de gloire l'ont jamais intéressée. Le célèbre Fra Giovanni, dont les fresques mettent en scène une harmonie parfaite où le Mal est constamment vaincu, est en réalité hanté par des démons insatiables, qui l'entraînent vers la cécité au son de bacchanales endiablées: son aura de sagesse et de piété n'est qu'un leurre recouvrant une âme aux abois. Plus proche de nous, la bigote Madeleine Fleury se laisse dépérir devant le buste en plâtre de sainte Philomène, qu'un jeune curé désirait retirer de l'église, et qu'il lui a laissée emporter chez elle. Il faut dire que la sainte avait toujours répondu à ses prières pour retrouver son chat Puffy.

Jeu de massacre savoureux, Parfum de sainteté n'en est pas moins l'oeuvre d'un expert en ce domaine, Maximilien Durand étant diplômé de l'Ecole du Louvre, où il enseigne l'art paléochrétien et l'art byzantin ainsi que l'iconographie chrétienne, comme nous le précise sa courte biographie en début de livre. Nous ne démêlerons pas les parts de vengeance et de révérence, les deux s'enchevêtrant harmonieusement dans ces huit nouvelles. Jamais Maximilien Durand ne se laisse aller à nous donner son jugement, préférant le sel de l'ironie et l'incertitude de la psyché.

Parfum de sainteté de Maximilien DURAND, éd. Les Allusifs, 049, 2007