"Tout dans ce livre est vrai mais rien n'est certain".

4 textes qui ont pour univers la guerre civile espagnole.

4 textes qui couvrent la période 1939 à 1942.

4 textes qui se nomment "défaite".

4 histoires différentes qui se rejoignent et se déclinent sur plusieurs générations.

La première montre un homme qui fait partie de ceux qui seront les vainqueurs le lendemain, tout le monde le sait. Et comme dans un dernier sursaut, il ira se rendre à ceux qui vont perdre pour ne pas être dans le rang des franquistes à l'heure de la victoire. Il sera alors bringuebalé d'un camp à l'autre mais en traitre et aura le même destin que les "rouges"; il sera passé au peloton d'exécution. Mais la mort ne l'emmènera pas à ce premier coup et il se fondra avec la terre et errera comme un lazare qui aurait préféré être définitivement mort.

La deuxième est le cahier d'un trés jeune homme qui fuit son pays pour rejoindre les camps de réfugiés en France. Mais il ne fera que quelques kilomètres avec sa jeune compagne qui met au monde un enfant dans une cabane. Il va relater sur ces feuilles ce séjour avec le cadavre de la femme et cet être à peine né et déjà voué à la mort. L'effet de la fièvre, de la faim l'amène à retrouver l'écriture poétique jusqu'à la disparition de la possibilité même d'écrire.

La troisième relate la situation d'un homme qui va être jugé par l'armée franquiste et qui est le seul à répondre "oui" à une question: il a connu le fils de celui qui l'interroge, dans un autre camp, fils éxécuté par les républicains. Il va alors, grâce aux anecdotes qu'il va inventer, s'octroyer un sursis jusqu'à ce qu'un très jeune homme, qui vient de quitter l'enfance et pour qui il avait une affection réelle, passe par les armes. Il révèlera alors quel être ignominieux, voyou et non héros franquiste, était effectivement ce fils. Acte bien entendu qui le conduira lui aussi devant le peloton.

La quatrième histoire est celle d'un père qui se cache dans sa maison et doit faire en sorte qu'absolument persone ne puisse deviner sa présence; une vie à l'état de spectre.

L'une de ces trois défaites s'appelle "la langue des morts" et ce livre en est une majestueuse expression. Avec la littérature, A. Mendez montre comment la défaite des républicains fut la mort, la transformation en fantômes de toute une force vitale, un esprit de changement du monde et l'abattement de la jeunesse. Ici, la littérature fait une pied de nez au réalisme car comme il est dit sur la quatrième de couverture, "tout dans ce livre est vrai mais rien n'est certain". A.Mendez nous fait vivre les actes magnifiques de ceux qui savent être les perdants, actes qui font qu'ils deviennent insaisissables, que même la mort n'anéantira pas ce qu'ils ont fait; des actes d'absolu. 

Les Tournesols aveugles (Los girasoles ciegos, 2004) d'Alberto MENDEZ, traduit de l'espagnol par Nelly Lhermillier, éd. Christian Bourgois, 2007