"La douce colombe est morte", "Un brin de verdure" et "Une demoiselle comme il faut" de Barbara Pym (éd. Bourgois)
Par Nikola le vendredi 7 septembre 2007, 10:04 - Critiques - Lien permanent
Présentation de trois textes tardifs de Barbara Pym, réédités chez Christian Bourgois, dans la collection Titres, par Nikola...
Je dois avouer que le nom de Barbara Pym ne m'inspirait pas grand chose.
Elle faisait partie, à mes yeux, de cette clique d'écrivains anglaises sans
intérêt réel, obnubilées par la difficile conciliation des désordres amoureux
avec les nécessités de la raison. Aussi avais-je mis de côté sans trop de
scrupules les trois parutions de Bourgois, qu'accompagnaient, qui plus est, et
pour mieux me mystifier, deux récits de Jane Austen. Cependant, par acquit de
conscience, j'avais tout de même pris la peine de lire les quatrièmes de
couvertures, ainsi que la préface d'un des trois titres, par René de Ceccatty.
Le temps ayant fait son office, une forme de curiosité a commencé de naître et
je me suis plongé, sans trop y croire, dans La douce colombe est
morte.
Et le charme a agi. Je n'ira évidemment pas jusqu'à dire que Barbara Pym est
l'auteur du siècle, ni qu'elle est en mesure de détrôner les grandes figures de
mon panthéon littéraire, mais comme je n'ai jamais considéré non plus comme
négligeables les auteurs qu'on qualifie de mineurs, leur trouvant parfois un
charme plus humain, une aura moins écrasante, je ne repousserai pas non plus
d'un revers de main le plaisir que m'a causé la découverte de cette
femme.
Pourtant, elle ne partait pas gagnante. S'intéressant presque exclusivement au
monde des pasteurs anglicans et à leurs ouailles, jouant avec cette obsession
anglaise que sont les convenances sociales, négligeant de développer toute
intrigue pour lui privilégier la simple observation des mouvements du coeur et
de l'esprit d'individus que tout semble tenir à distance les uns des autres, et
chez qui l'hypocrisie tient lieu de savoir-vivre, Barbara Pym ne semblait guère
susceptible de retenir longtemps mon attention.
Or, dans la lignée d'une Ivy Compton-Burnett, Barbara Pym a ce talent rare de
faire jaillir, des situations les moins affriolantes littérairement, une espèce
d'éclat assourdi qui lui sert de génie. Son regard à la fois moqueur et
attendri pénètre avec la même rigueur chacun de ses personnages et ne masque
rien de leur pusillanimité, sans pour autant se délecter de leur turpitude. Il
n'est pas ici question de trancher à vif dans les chairs: les protagonistes de
ses romans n'ont rien de monstrueux, ni en bien ni en mal. Ils sont même d'une
platitude assez déconcertante, vagues silhouettes arrachées à la quotidienneté
et jetées pêle-mêle sur une page: pasteurs évanescents, femmes vieillissantes,
trentenaires craignant un célibat définitif, bigotes de presbytères,
anthropologues fastidieux, hommes trop jeunes ou indélicats...
C'est de n'avoir d'ailleurs pas su renouveler cet univers quelque peu sclérosé
que Barbara Pym allait payer la faute, sombrant dans une éclipse éditoriale qui
dura plus de dix ans, avant qu'un article paru dans le Times Literary
Supplement de 1977 n'attire à nouveau l'attention sur elle, lui permettant
d'obtenir le Booker Prize la même année. Mais s'arrêter à cette apparente
répétition serait une erreur. Sous les dialogues convenus, les situations
triviales, les inquiétudes surannées, court une ironie labile, malicieuse, qui
fait grincer les ressorts d'une société corsetée.
La douce colombe est morte (The Sweet Dove Died, 1978), Un brin de verdure (A Few Green Leaves, 1980) et Une demoiselle comme il faut (An Unsuitable Attachment, 1982) de Barbara PYM, traduits de l'anglais par Martine Béquié et Anne-Marie Augustyniak, éd. Christian Bourgois, 1987 et 1989, rééd. coll. Titres, 2007

Commentaires
Relisant une seconde fois les romans de barbara Pym,dont Crampton Hodnet, je partage votre avis mais je m'aperçois que l'auteur a le génie d'amener ses personnages au bord de situations scabreuses sans jamais sacrifier à une quelconque description sensuelle ou un peu appuyée ; c'est beacoup plus troublant que si elle explicitait. Encore plus mystérieux : les personnages sont-ils conscients de leurs désirs, cherchent-ils à les assouvir secrètement, etc. Bien entendu, on est là au coeur du talent de Barbara Pym. La litote, the understatement, comme procédé littéraire, c'est quand même bien plus fort que le naturalisme exacerbé. Cordialement