Paludes 535 du vendredi 25 septembre 2009
Par Nikola le vendredi 25 septembre 2009, 13:36 - Emissions - Lien permanent
Au programme, deux lectures (Piglia, Zürn) suivies de l'Arrache-Coeur 311 (Drago Jancar, Ricardo Piglia, Jakob Elias Poritzky), à écouter sur cette page.
LECTURES:
- La Ville absente (La ciudad ausente, 1992, 2003) de Ricardo PIGLIA, traduit de l'espagnol, Argentine, par François-Michel Durazzo, éd. Zulma, 2009: Lecture par Carole
- "Extrait des pages d'enfants" in MistAKE et autres écrits français (1989) d'Unica ZÜRN, éd. Ypsilon, 2008: Lecture par Nikola...
ARRACHE-COEUR 311:
Katarina, le paon et le jésuite
(Katarina, pav in jezuit, 2000) de Drago JANCAR, traduit du
slovène par Antonia Bernard, éd. Passage
du Nord/Ouest, 2009:
La Ville absente (La ciudad
ausente, 1992, 2003) de Ricardo PIGLIA,
traduit de l'espagnol, Argentine, par François-Michel Durazzo, éd. Zulma, 2009:
Mes Enfers (Meine
Hölle, 1906) de Jakob Elias PORITZKY, traduit de l'allemand par Dina
Regnier Sikiric et Nathalie Eberhardt, éd. La dernière goutte, 2008:
Commentaires
magnifique critique de "mes enfers" de jacob elias poritzky aux édtitions "la dernière goutte.
oui, en effet, la critique est excellente. on sent que nicolas a vraiment lu et aimé ce livre et l'a parfaitement cerné, l'auteur ou l'intention de l'auteur.
un petit bemol de ma part: comment en se mettant à la place et dans le contexte de vie et les années dont parle narrateur, peut-on se poser la question que tu te poses, nicolas: "si il était né du bon côté..." il n'y a pas de bon et de mauvais côté. il y a le racisme et l'antisemitisme. point!
et à narrateur juif, vie difficile, cela va de pair surtout à cette époque-là. tout au moins de mon point de vue. poritzky n'avait le choix qu'entre se taire et se revolter. entre dormir ou souffrir.
pardonne-moi ce petit bémol.
irene
Merci, Irène, de ton commentaire. Je suis sensible à ton intervention, et ton bémol ne me gêne nullement, dans la mesure où je le partage. Effectivement, face au juif de cette époque, c'est l'antisémitisme qui est l'ennemi premier. Mais dans le livre de Poritzky, il ne me semble pas que la diatribe porte sur ce sujet. Et je n'ai jamais parlé, dans ma critique, de "bon" ou de "mauvais" côté, dans un sens moral. J'ai utilisé l'expression "être né du bon côté de la cuiller", c'est-à-dire du côté des nantis, des riches, de ceux qui n'ont aucune difficulté concrète avec le monde tel qu'il est, puisqu'ils sont nés en son sein, avec tous les éléments susceptibles de leur en favoriser l'accès. Ce n'est évidemment pas le cas de Poritzky.
Cette idée m'est venue, parce que, chez les grands révoltés, la violence de la contestation ne naît pas d'une injuste répartition des richesses ou des avantages. A mes yeux, les grands révoltés hurlent contre le fait même d'être au monde. C'est toute la vie qui peut être contestée, les données de l'existence concrète, ce que Breton appelle, dans "La Confession dédaigneuse", les "conditions dérisoires, ici-bas, de toute existence". Or, chez Poritzky, il me semble sentir une insatisfaction sociale, plus qu'une révolte instinctive de l'individu contre le sort que lui fait la vie: il n'est pas reconnu à sa juste valeur, il est écarté des valeurs de ce monde, et du coup, il en conteste la pertinence. Mais je ne sens aucune remise en cause fondamentale de cet univers. Sa judéité et sa mise à l'écart lui ont sans doute ouvert les yeux, mais le cheminement n'est pas mené à son terme. Pour moi, je dirais, reprenant une phrase fétiche de Paludes, que Poritzky ne porte pas jusqu'au bout les idées qu'il soulève. Mais cela ne retire rien à l'intensité de sa protestation, et à la violence historique qu'il a traversée.
Cordialement,
Nikola...
Merci nikola pour ta réponse. Il n’en m’en reste pas moins un sentiment de gêne. Même si ta question est « s’il était né du bon côté de la cuiller ». il semble subsister comme un malentendu. Si poritzky était né du côté des nantis il ne serait pas poritzky.
Il faut tout remettre dans son contexte depuis le début : la famille poritzky arrive probablement d’un stetl polonais qu’elle fuit tant pour des raisons économiques que pour des raison religieuses probablement la famille poritzky ne parlait-elle que le yiddish. Le polonais et surtout l’allemand sont perçues par le père comme les langues de l’ennemi. De ceux qu’il faut fuir sous peine de saccage et de mort.
Poritzky père ne comprend pas, ne comprend ni le nouvel contexte dans lequel ses enfants évoluent, ni le fait que son fils puisse accepter et admirer la langue de l’ennemi. De là sa haine et de là les coups. Les autres enfants, plus soumis, continuent à parler yiddish, donc pas de problème avec eux.
Par ailleurs élias jacob jeune adulte aide sa famille en ouvrant une boutique de vêtements, que son frère reprendra.
Tout cela pour en arriver au fait que poritzky puisse enfin exprimer librement sa révolte. Tant contre sa propre famille sociale, que contre la société qui l’entoure de mépris allant jusqu’au rejet. Oui, il l’écrit très bien, aussi bien que ses forces physiques le lui ont permis.
Si bien que nous le lisons aujourd’hui avec intérêt, avec révolte et haine pour ce qu’on lui fait subir en tant qu’être humain qui se veut libre de ses choix. Liberté illusoire, puisque le nazisme avance et s’installe au pouvoir. Poritzky a eu la chance de mourir en 1935, alors que sa femme et sa fille ont été exterminées à auschwitz.
poserais-tu la même question s’il ne s’agissait pas d’un écrivain juif, lui demanderais-tu d’approfondir son récit.
Je gage que tu ne demanderas jamais à jorge semprun de compléter l’un de ses romans sur sa détention à auschwitz. ni sur ces autres romans sur le communisme.
pardon, j'ai oublié de te saluer avant d'anvoyer mon commentaire qui attend votre validation avant publication.
cordialement
irene
Chère Irène,
je lis avec intérêt ton commentaire. Je vois que tu connais parfaitement bien la vie de Poritzky, et celle de sa famille, ainsi que les tenants et les aboutissants de toute cette période. Je pense que la divergence de nos lectures vient de là: je n'ai pas lu Mes enfers comme un texte autobiographique, et n'ai donc pas fait de parallèles avec la famille de Poritzky, voire avec l'auteur lui-même. Tout ce que tu dis éclaire effectivement les positions de l'écrivain, sa révolte sociale et familiale, etc. mais si tu me réécoutes attentivement, tu remarqueras que je parle de mon scepticisme face au narrateur, au personnage. Je sais bien que si cet être de papier était né de l'autre côté de la cuiller, il serait autre. Je ne suis pas naïf à ce point. Je n'en persiste pas moins à penser que le personnage a une révolte "circonscrite". Je ne nie pas les dangers traversés par Poritzky. Mais je ne vois pas en quoi le fait qu'il ait dû affronter le nazisme devrait m'interdire de signaler, dans le cadre d'un texte romanesque, que je me sens en-deçà de mes attentes de lecteur. Personnellement, le fait d'avoir vécu en camp, d'avoir été confronté à l'inhumanité, d'avoir voulu se dresser contre les formes d'oppression qu'ont été le nazisme ou le communisme soviétique, n'est pas gage de réussite littéraire. C'est, humainement, très noble de résister à l'écrasement, mais cela ne rend pas tout écrit intéressant. Je n'ai pas aimé la lecture de Poritzky parce qu'il a été confronté à ces misères, mais parce que, littérairement, il a su en faire quelque chose. La démarche vers la liberté ne me parait pas complète, mais je n'invalide pas pour autant son écrit. J'exprime juste mon "scepticisme", une forme de déception. Quant à tes dernières phrases, je ne les comprends pas: tu sous-entends que je n'aurais pas demandé à Poritzky d'approfondir son récit s'il n'avait pas été juif, puis tu gages que je ne demanderai jamais à Semprun de compléter un de ses textes sur sa détention... Je me demande de quel savoir tu peux te réclamer pour déterminer ce que je demanderais à l'un et pas à l'autre. Je n'ai jamais lu Semprun, et ne peux donc évoquer ici ce qui ne m'y aurait pas plu, mais je suis certain que la judéité de Poritzky n'a aucun lien avec mon appréciation de son œuvre littéraire. La littérature de témoignage m'a toujours laissé totalement indifférent, littérairement, si elle n'est pas portée par un projet langagier. Je serais peut-être ému par le sort de l'homme Semprun, mais je pourrais tout aussi parfaitement trouver son texte sans intérêt ni profondeur, qu'il ait été déporté ou non.
Cordialement,
Nikola...
cher nikolas
je ne voulais pas du tout mais vraiment pas passer pour une "pisse-froid" comme me présente mon dernier commentaire. il a échappé à mon contrôle avant que j'ai fini de le corriger.
si j'interviens c'est uniquement pour que l'antisémitisme ne puisse pas passer. d'où mes explications sur la période dans laquelle à vécu poritzky. non, je ne connais pas parfaitement cet écrivain. tout comme toi je l'ai découvert à travers "mes enfers". en revanche, oui je connais bien cette époque ayant beaucoup lu à son sujet.
je crois que notre léger différent vient de plusieurs années de lecture d'avance de ma part.
le message n'aurait pas du partir avant que je ne corrige la dernière ligne. il est exact que je n'ai nullement le droit de "gager" quoi que ce soit à ton sujet.
c'est dans l'enthousiasme du commentaire que je dis parfois des bêtises.
je nommais jorge semprun parce que son livre "le mort qu'il vous faut" (gallimard folio 2002) a soulevé des questions similaires à celles que tu poses à propos de "mes enfers"
je te remercie de m'avoir écouté
cordialement
irene
Très intriguant ce livre de Piglia éditées chez Zulma. Une évocation de Carole qui m'a beaucoup fait songer à El Ultimo Lector par certains aspects.
J'espère l'avoir entre les mains très bientôt.
Nikola, as-tu eu le temps de jeter un coup d'oeil aux dernières parutions de chez Métailié et au dernier livre paru chez Attila?
Cher Edwood,
merci de ton intervention... Je crois que le livre de Piglia devrait beaucoup te plaire. Quant aux éditions Métailié, je n'en ai rien reçu ces temps-ci. Et c'est Carole qui s'occupe de lire le roman-photos de Clébert, chez Attila. Un bel objet en tout cas, que j'ai feuilleté avec intérêt. De Clébert, je ne connaissais que son dictionnaire du Surréalisme. A découvrir, donc. Nul doute que tu nous chroniqueras cela bientôt!
Amicalement,
Nikola...