Paludes 565 du vendredi 18 juin 2010
Par Nikola le vendredi 18 juin 2010, 15:34 - Emissions - Lien permanent
Au programme, deux lectures (Lunch, Melville) suivies de l'Arrache-Cœur 341 (Melville, Wijkmark, Boulgakov), à écouter sur cette page.
LECTURES:
- "La maternité, ce n'est pas obligatoire" in Déséquilibres synthétiques (Will Work for Drugs, 2009) de Lydia LUNCH, traduit de l'anglais, USA, par Virginie Despentes, Busty et Wendy Delorme, éd. Au diable vauvert, 2010: Lecture par Nikola... (Le texte a été présenté ici.)
- "Bartleby le scribe" in Les Contes de la véranda (Piazza Tales, 1856) d'Herman MELVILLE, traduit de l'anglais, USA, par Pierre Leyris et Philippe Jaworski, éd. Gallimard, 1951, rééd. Œuvres IV, Bibliothèque de la Pléiade, 2010: Lecture par Nikola...
ARRACHE-CŒUR 341:
Les Contes de la véranda
(Piazza Tales, 1856) d'Herman MELVILLE, traduit de
l'anglais, USA, par Pierre Leyris et Philippe Jaworski, éd. Gallimard, 1951; rééd. Œuvres IV, coll.
Bibliothèque de la Pléiade, 2010:
Derniers jours (Sista
Dagar, 1986) de Carl-Henning WIJKMARK, traduit du suédois par Philippe
Bouquet, éd. Cénomane, 2007:
Le Maître et Marguerite (1966,
1989) de Mikhaïl
BOULGAKOV, traduit du russe par Françoise Flamant, éd. Gallimard, Œuvres II, coll.
Bibliothèque de la Pléiade, 2004:
Commentaires
Merci pour cette belle lecture du Maître et Marguerite, Nikola. Encore une de ces oeuvres à l'ampleur démesurée, dont tu as réussi à restituer la richesse sans l'assécher. Je me suis toujours demandé comment évoquer ce roman : voilà, c'est fait, et de belle manière!
Le Maître et Marguerite est un livre auquel on ne peut se soustraire, que de multiples lectures ne parviennent pas à épuiser. Les intrigues s'entrelacent, le temps et l'espace se dilatent, et pourtant, quelle cohérence... L'on peut faire de ce livre une lecture politique (sous l'influence des déboires subis par Boulgakov, et que tu évoques justement dans ta chronique), mais l'oeuvre dépasse, ainsi que tu le rappelles, ce cadre circonscrit à une époque pour embrasser une réflexion puissante et subtile sur le monde,la création littéraire, le rapport de l'homme avec le sacré, le hasard et la destinée, le bien et le mal... Une place essentielle est dévolue au thème de la religion, mais elle est abordée de manière particulièrement originale, puisque le récit du lien qui s'instaure entre Yeshua Ha Nozri/Jésus et Pilate est assumé par Woland, figure du diable. Yeshua perd de son aspect divin pour s'humaniser, ce qui ne nuit en rien à la force du personnage, qui inspire à Pilate une véritable sympathie. Cette nuit du Vendredi Saint établit un pont avec une autre intrigue ; en effet, c'est la date du bal que le diable organise en l'honneur de Marguerite. Le mythe de Faust, là aussi, est renversé : le personnage féminin prend les rênes du destin de l'auteur (le Maître), c'est à elle qu'est proposé le pacte qui met en jeu l'amour plutôt que le savoir.
Le roman explore ainsi des univers qui pourraient sembler disparates, mais qui, finalement, constituent le monde, abolissant les frontières (de Moscou à Yalta - scène hilarante, mais aussi à Jérusalem, où les jeux du pouvoir, de la trahison, de l'oppression sont une sorte de miroir à la capitale de l'Urss), dilatant le temps (là aussi, le contraste créé peut prêter à rire mais interroge - je pense au récit de Woland à Berlioz, que ce dernier ne pourra suivre jusqu'au bout parce qu'Anoushka a fait tomber son bidon d'huile de tournesol)... Les délimitations littéraires se dissolvent aussi, les registres s'entrecroisent, s'interpénètrent, l'on passe du rire (très souvent) à la réflexion et à l'émotion.
Voilà un roman que je ne me lasse pas de relire. Je m'excuse d'avoir été si longue, mais le plaisir de l'avoir rencontré (lui aussi!) sur Paludes m'a un peu emportée.
Amitiés
Anne-Françoise
Merci à toi, Anne-Françoise, pour ce commentaire qui enrichit considérablement ma chronique et me laisse penser que tu n'es pas sérieuse lorsque tu prétends t'être demandé comment parler de ce fantastique roman de Boulgakov!
Tu viens de nous prouver à tous, et magistralement, que tu
savais parfaitement quoi en dire, et de la plus belle manière qui soit. Je ne
saurais donc te reprocher ta prolixité face à un texte aussi polysémique et
puissant.
Amitiés,
Nikola...