Publié en 1972, Watership Down retrace les aventures d'un groupe de lapins de garenne, qui ont décidé de fuir leur première communauté après les songes prophétiques de Fyveer. Ce dernier, entrainé par son frère Hazel, tente de convaincre le Maître de la garenne de la nécessité de leur départ mais son argumentation, exclusivement fondée sur ses prémonitions, reste lettre morte. Ayant réussi à fédérer autour d'eux quelques compagnons, ils partent précipitamment et s'avancent au devant de terribles dangers, qui rappellent souvent les péripéties homériques d'un Ulysse. De Charybde en Scylla, de tentations en déceptions, ils progressent difficilement vers la Terre promise susceptible d'accueillir leur nouvelle congrégation. Pour leur donner du cœur à l'ouvrage, les récits de leur illustre ancêtre légendaire, Shraavilshâ, narrés par Dandelion, viennent rythmer l'épopée et plongent le lecteur dans les origines lointaines de la gent lapine, créée par le dieu Krik. On y découvre des créatures certes peureuses, mais capables également de ruses et de courage, pour tenter simplement de survivre dans un monde qui ne les épargne guère. Dans son souci de nous faire mieux connaître ces créatures sautillantes, Richard Adams s'est plu à leur inventer un langage, dont il nous dévoile quelques termes et expressions au fil d'une narration qui alterne moments d'angoisse face à l'incertitude du futur et émerveillement devant l'intelligence et la solidarité de ces pèlerins poilus. En quatre parties et cinquante chapitres, tous précédés de citations de textes littéraires collant parfaitement au contenu du roman, nous apprenons à admirer l'incroyable combativité de Bigwig et la subtile finesse de Hazel, notamment lors de leur plus importante quête : la recherche de hases qui permettront à la communauté, exclusivement masculine, de se reproduire et se perpétuer. Cet "enlèvement des Sabines" en mode animal leur fera rencontrer un puissant ennemi, le général Stachys, qui dirige d'une main de fer une garenne nommée Effrefa, dont les habitants sont soumis à une loi d'airain en échange de leur sécurité. Ce choc entre deux conceptions du monde, celle de Hazel, fondée sur la liberté et la solidarité, et celle de Stachys, ne reposant que sur la peur et la force, constitue le grand moment du livre, tant par la violence des combats que par la tension émotionnelle qui s'en dégage. C'est au prix de dures batailles, d'avancées et de reculades, d'aides inespérées et inattendues, que le roman progresse vers son épilogue, amenant progressivement Hazel vers la rencontre ultime : celle du Lapin Noir d'Inlè, qui vient signaler son terme à chaque lapin.

Watership Down (1972) de Richard ADAMS, traduit de l'anglais par Pierre Clinquart, éd. Monsieur Toussaint Louverture, 2016